Depuis une vingtaine d’années, j’ai l’habitude d’aller déjeuner chez Lipp, boulevard Saint-Germain. Voici quatre ou cinq ans, ma table côtoyait celle de Gérard de Villiers, l’auteur de la série SAS. Je le remerciais avec effusion de ces livres que me permirent de voyager dans le monde, de Hong Kong à Léningrad, Bakou, etc. J’aimais son héros le prince Malko Linge. Grâce à lui, j’ai visité Vienne. À vingt ans, découvrir l’ancienne capitale de l’empire austro-hongrois fut un moment exceptionnel d’émotion. J’ai dormi au palais Schwarzenberg, diné chez Palaki, ou au Drei Hussard, et dégusté du chocolat chez Sacher. Son Altesse Sérénissime Malko Linge me guidait dans les lieux les plus agréables de cette ville, avec la valse, les Lipizans, la Hofburg, etc., carte postale de vacances.
Je suis un « aficionado » de Stefan Zweig et de cette période d’avant la guerre de 14-18. Il me restait l’image d’une Vienne dansant la valse à Schönbrunn. Vienne la vertueuse ne cachait-elle pas une Vienne plus cosmopolite, flamboyante, avec l’arrivée des émigrés tchèques, hongrois, rencontre de tant de nationalités diverses ? Les historiens ne sont pas tous d’accord sur le sujet, mais Georges Clémenceau aimait s’encanailler dans cette ville.
Grâce à un roman d’espionnage, j’ai découvert Vienne et sa culture, je cherchais Le Troisième Homme, avec sa musique obsédante et un Orson Welles éblouissant.
Je rêvais de l’héroïne de SAS, la belle Alexandra, aux formes à faire damner un moine dans un monastère du Haut-Adige. J’y rencontrais Klimt avec ses femmes au corps enluminés d’or, puis Schiele.

Egon Schiele, Nu contre un tissu coloré, 1911.
Aquarelle et mine de plomb, rehauts de blanc, 48 x 31 cm.
Collection particulière.
Je me suis mis à douter de la belle Viennoise et de ses charmes. Chez Schiele, les femmes sont souvent anorexiques, la comparaison avec les top-modèles des années 1990-2000 me vint immédiatement à l’idée. Ces corps qui devraient attirer convoitise et plaisir, sont presque répulsifs. Je suis comme Lacan qui ne supportait pas la vue de L’Origine du monde de Courbet. J’ai souffert devant ces peintures au sexe coloré. L’amour et la poésie, je ne les ai pas rencontrés chez Schiele ; en paraphrasant Clément Marot, trois choses rouges n’appellent pas forcément au fantasme. En lisant le Freud d’Onfray, je pensais à Schiele et à cette société immobile qui courrait tout droit à sa fin, sans en connaître la date. Vienne s’enfonçait au rythme du Titanic dans le gris et le noir d’un océan de tragédie, au son des valses chatoyantes de Strauss.

Egon Schiele, Portrait de Gerti Schiele, 1909.
Huile, peinture argent, bronze et dorée, crayon sur toile, 140,5 x 140 cm.
The Museum of Modern Art, New York.
Ce mélange de mort et de vie qu’une peinture de Schiele rend à merveille, une femme aux couleurs ternes, mais aux vulves orange ou rouges. Comme s’il ne restait de cette humanité qu’une tâche éclatante et bruyante. Non en vérité, je préfère Klimt et Alexandra pour peupler mes rêves.
Pour découvrir ou apprécier les œuvres de Schiele, rendez-vous au Leopold Museum de Vienne qui accueille l’exposition « Les Métamorphoses d’Egon Schiele » ou bien consultez l’ouvrage intitulé Egon Schiele, édité par Parsktone International.
Soyons clairs, je n’ai pas découvert le Japon avec les œuvres d’Hiroshige, Utamaro ou Hokusai. En vérité, j’ai d’abord rencontré les Japonais avec Tintin et le lotus bleu d’Hergé, puis plus tard avec le film Le Barbare et la Geisha, John Wayne étant l’acteur principal. C’est l’histoire authentique de Towsend Harris et de la geisha Okichi dont en fut tiré un roman puis un opéra : Madame Butterfly de Puccini.
Le cinéma m’a aussi conduit sur les pas du Dernier Samouraï avec Tom Cruise, histoire d’un officier américain qui aide de ses conseils un samouraï rebelle. Dans la réalité, c’est l’histoire d’un français, Jules Brunet qui finit Général de division.
J’ai souvent pensé que les réalisateurs avaient copié dans leurs prises de vue les œuvres d’Hiroshige : les cerisiers en fleurs, le mont Fujiyama, les paysans dans les rizières, un peuple humble et dur au labeur.

Hiroshige : La Rivière Furukawa dans les environs de Hiroo, Hiroo Furukawa, juillet 1856,
gravure sur bois, 34 x 23,5 cm

Hiroshige, Cerisiers en fleur sur le quai du Tamagawa, Tamagawa zutsumi-no hana, février 1856, gravure sur bois, 36,4 x 24,7 cm, collection privée.
L’exposition Van Gogh et le Japonisme est un pur reflet de l’attrait de ce pays sur les hommes de la fin du XXe siècle.
Les Frères Goncourt cédèrent eux aussi à la mode en écrivant de très beaux textes sur Hokusai et Utamaro. Le Ukiyo-e enivrait les esprits de la même manière que les premiers bateaux du commandant Perry ouvraient les routes du modernisme à un Japon médiéval.
Il est dommage que cinquante ans plus tard, les artistes japonais laissèrent place aux ingénieurs en armement. La suite fut Pearl Harbor, adapté sur grand écran dans lequel nous retrouvons Ben Affleck, Alec Baldwin et Josh Harnett, Tora ! Tora ! Tora !, de Richard Fleisher, Kinji Fukasaku et Toshio Masuda, et pour finir Hiroshima.
Pour découvrir les œuvres d’Hiroshige, rendez-vous à la Pinacothèque de Paris jusqu’au 13 Mars, ou bien consultez l’ouvrage Michail Uspenski, Hiroshige, publié par Parkstone International.
Pendant les années 70, si ma mémoire ne me trahit pas, j’ai découvert le grand peintre Salvador Dali. A l’époque, je fuyais comme la peste les émissions culturelles – aujourd’hui aussi. Je ne m’attendais pas à voir à la télévision un homme avec des moustaches aussi ridicules que celles d’Hitler ou Napoléon III, déclamer avec force : « Je suis fou du chocolat Lanvin. »
Plus tard, je fréquentais les endroits branchés – mais le mot n’existait pas encore – les lieux comme Castel où Jean nous accueillait avec tellement de gentillesse, ou Régine rue de Ponthieu, plus moyen-oriental dans le débordement de parures d’or et de diamant portées par de jolies femmes très accueillantes.
Je rencontrai Amanda Lear, l’égérie de Dali. Je ne lui ai jamais parlé, mais je la vis se mouvoir dans les tenus les plus sexys. A l’époque, nous nous posions tous la même question : homme ou femme ? Son visage permettait toute extrapolation. Peut-être le grand « masturbateur » aurait-il pu nous donner une réponse. J’ai gardé associer cette belle artiste au peintre, allez savoir pourquoi !!
J’ai une seconde image de Dali en tête : un homme avec un bonnet de nuit que j’ai vu dans un magazine. Ce qui reste dans ma mémoire c’est le rythme de sa voix, saccadée comme le bruit d’une mitrailleuse dans les rues de Barcelone pendant la guerre civile espagnole. Une espèce de Malraux sans mouvements extravagants du visage.
J’ai découvert sa peinture plus tard, après son anagramme « Avida Dollars ». Cet homme de la société du spectacle chère à Debord, avait réussi à se faire connaître d’une génération davantage par ses excentricités que par son talent. Son titre de marquis vint couronner le pitre plus que le génie de la peinture. J’ai beaucoup aimé le tableau de Gala vue de dos regardant à travers une fenêtre. Cette œuvre m’a toujours ravi. Elle est d’une simplicité déconcertante.

Salvador Dali, Gala nue vue de dos, 1960.
Huile sur toile, 42 x 32 cm.
Fondation Gala-Salvador Dalí, Figueras.
Plus tard lorsque j’allais déjeuner avec Gilles Neret, l’auteur d’un monumental ouvrage sur Dali, j’ai découvert un homme qui ne correspondait guère à son image télévisuelle. Et si derrière ses pantalonnades se trouvait un véritable créateur ? Dali était un peintre à l’imaginaire sans frontières.
Il est peut-être temps de redécouvrir le travail de ce touche à tout qui nous laisse une œuvre déconcertante. Entre le chocolat Lanvin et les dollars, il y a le Centre Pompidou, dans lequel a lieu la première rétrospective Dali depuis trente ans, du 21 novembre au 8 janvier 2013. Vous pouvez aussi parcourir le livre Dali de Victoria Charles présentant sa vie et ses chefs-d’œuvre.
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