J’ai une tendresse particulière pour les femmes de Rubens. Elles sont confortables à l’œil, leur chair sans apprêt. Avec leurs seins lourds et leurs cuisses larges, elles nous donnent le sentiment de pouvoir accueillir l’humanité.
Pour une génération d’hommes confrontés aux formes d’une Twiggy (top modèle anglais des années 60), ou des tops modèles de la haute-couture, quelle divine surprise que les femmes puissent être autre que filiformes, grandes et sèches ! Voici quelques années, le magazine Elle faisait sa une avec Emmanuelle Béart. Même les féministes saluèrent cette nouvelle Vénus.
Ce fut pour beaucoup un choc ; le corps féminin pouvait aussi être fait de courbes douces, de sensualité délicate. Je ne dirais pas que les femmes de Rubens me conduisent au même sentiment, mais enfin après make-up, régime, anorexie, vive les joies de la chair.
Rubens nous offre des yeux et des lèvres qui vous disent : « j’ai aimé ». L’amour n’est pas seulement jouissance, il peut aussi être douleur. Les seins lourds et les cuisses larges des femmes de Rubens nous refont découvrir le mystère de la femme, leur peau lisse, leurs exhalaisons. L’amour a aussi une odeur, celle des essences intimes. Dans nos têtes viennent s’entrechoquer les mots perdus d’usage : téton, butiner, culbuter. « Auprès de sa blonde qu’il fait bon danser ». Et après la chanson, lutiner et aussi ravir nos sens. Ah quelle époque !
Le Von der Heydt-Museum à Wuppertal en Allemagne organise justement une grande exposition sur ce maître de la peinture flamande. Pour en savoir davantage sur Rubens et découvrir ses plus belles toiles, vous pouvez consulter ce livre Rubens.
A l’époque, Gustave Caillebotte est considéré comme un grand mécène du mouvement impressionniste qui, grâce l’héritage reçu de son père, eut la possibilité de se procurer les oeuvres de ses amis impressionnistes et de payer le loyer de l’atelier de Monet. Ce n’est qu’après sa mort que Caillebotte est reconnu comme l’un des grands maîtres de l’Impressionisme en plus de son statut de grand maître financier ( il venait régulièrement en aide à ses amis en les soutenant financièrement).
Bien que Caillebotte fasse partie du mouvement impressionniste, son style diffère de ses contemporains : Degas, Monet, Renoir, et Pissarro, parmi lesquels il a exposé lors de la seconde exposition impressionniste de 1876. Son intérêt pour la photographie se ressent à travers sa peinture grâce à sa capacité à saisir un instant précis de façon réaliste.
Caillebotte, comme ses contemporains, représente un Paris nouveau, modernisé par Napoléon III et Georges Eugène Haussmann. Le Paris que tout le monde connaît aujourd’hui, avec ses grandes avenues bordées d’arbres et ses espaces verts.
Cependant, contrairement à ses amis impressionnistes, Caillebotte souhaite peindre ce nouveau Paris de manière encore plus réaliste. Le ciel gris, la pluie, les rues pavées de son tableau Rue de Paris, Temps de Pluie, accentuent la sensation de monotonie du quotidien et de tristesse que l’on ressent au premier regard. Pour le peintre, cette nouvelle ville métropolitaine, au plan méticuleux et si esthétique, est comme le quartier des Sims : parfait de l’extérieur, mais seul de l’intérieur.
Caillebotte est également reconnu pour avoir introduit un nouveau sujet à ses peintures : la classe ouvrière. Thème pour lequel il porte un grand intérêt. Il faut savoir qu’à l’époque, grâce au nouveau chemin de fer et à la Révolution industrielle en France (1815-1860), il y a eu une grande migration des ouvriers de la campagne vers Paris.
Jusque-là, seuls les fermiers et les paysans sont représentés, c’est pourquoi, en 1875, le Salon refuse son œuvre intitulée Les Raboteurs de parquet, prétextant que le sujet est vulgaire. La réalité décrite par Caillebotte, les conditions ouvrières, la tristesse ainsi que la pauvreté de ce nouveau Paris ne veulent pas être reconnues.
Si vous souhaitez voir les oeuvres de Caillebotte et sa représentation de la fin du 19ième siècle et du début du 20ième siècle, rendez-vous au Schirn Kunsthalle Frankfurt du18 octobre 2012 au 20 janvier 2013 pour l’exposition de Gustave Caillebotte. Vous pourrez également en apprendre plus sur les impressionnistes en feuilletant ce livre.

Les Bateliers de la Volga, 1870-1873. Huile sur toile, 131,5 × 281 cm. Musée d’État Russe, Saint-Pétersbourg.
Les Bateliers de la Volga. Des hommes en plein labeur, des cordes nouées autour de leur poitrine, tirent, traînent de lourds bateaux plein de marchandise. Hommes ou bêtes de somme ? Ils avancent imperturbables, les yeux perdus dans le vide, tout à cette tâche qui leur permet de survivre.
Ilya Répine, peintre de la Russie du tsar. C’est ce que l’on pourrait penser d’un peintre connu pour ses toiles historiques ou ses portraits de personnages officiels. Et pourtant bien au contraire, je dirais que Répine a été le peintre du peuple russe, celui montrant la réalité de la vie difficile en Russie au début du xxe siècle. Les Bateliers de la Volga en est l’exemple parfait.
Il campe ses personnages en pleine souffrance ou dans des scènes anecdotiques du quotidien. Dans ses portraits, le modèle n’est jamais mis en valeur, mais bien représenté tel qu’il est, jeune, vieux, beau ou laid.
Imaginez l’écrivain Léon Tolstoï labourant un champ dans sa maison de campagne. Il a certainement dû le faire car, proche de la terre, il possédait un vaste domaine agricole, mais c’est une scène mettant à mal son image d’intellectuel auprès du grand public : Répine l’a osée.
Mais comme pour échapper à ce dur monde populaire, il peint aussi des portraits de personnages officiels, des scènes politiques, la vie des proches du tsar. Il assiste par exemple à des séances de l’Assemblée russe et n’oublie aucun des hommes qui faisaient la vie politique d’alors. Quel écart entre ces notables en habits officiels, pleins de vie et bien nourris, et les malheureux travaillant le long de la Volga, chaque jour courbés sur la misère de leur vie.
Ses toiles sincères et détaillées seront considérées comme des témoignages précis de l’oppression tsariste pour le régime communiste, qui va les utiliser pour sa propagande. Répine est le peintre de la vie politique, rurale, intime du peuple russe au début du xxe siècle. De la Volga à la Douma, que d’imagination !
Le musée Bunkamura présente en ce moment une sélection des œuvres de ce grand peintre russe. Si vous ne pouvez faire le déplacement jusqu’au Japon, vous pouvez consulter le livre Ilya Répine de Grigori Sternin et Jelena Kirillina.
En regardant les trois tableaux ci-dessous, le lien qui les unit est difficile à envisager au premier coup d’œil. En matière de peinture de paysage, Van Gogh et Böcklin pourraient-ils être plus éloignés l’un de l’autre ? Des courbes douces à la rigueur stérile… Que s’est-il passé entre temps ?
Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889.
Huile sur toile, 73,7 x 92,1 cm.
Museum of Modern Art, New York.
Le symbolisme est passé par là. Mouvement de l’imagination, de la poésie, de l’émotion. Mais je dirais aussi de l’isolement, des couleurs tristes et un peu morbides. Qui, étant d’humeur normale, voudrait se promener dans les paysages d’Odilon Redon ou d’Arnold Böcklin, paysages ternes dans lesquels les personnages ont toujours l’air mélancoliques. Il est difficile de s’identifier au travail des peintres symbolistes.
Les symbolistes jouent sur la représentation du monde réel, le déformant pour créer un univers fantastique, dans lequel nous perdons nos repères. Ils privilégient l’idée à la forme et c’est en ce sens qu’ils ont favorisé l’arrivée de l’abstraction. Et heureusement !
Odilon Redon, La Barque mystique, vers 1890-1895.
Pastel sur papier, 51 x 63,5 cm.
The Woodner Collection, New York.
Mysticisme, religion, philosophie… Ce sont sans doute des éléments qui peuvent faire du symbolisme un courant apprécié en ces temps de crise. Selon moi, le symbolisme a sans doute été bénéfique à l’évolution des formes, mais il ne se démarque pas par son dynamisme et sa luminosité. Cependant, derrière de simples paysages, toujours mélancoliques ou fantastiques, se cachent en fait des références littéraires ou musicales. Le symbolisme, serait-il donc alors l’une des premières expressions artistiques plurielles, mêlant plusieurs références artistiques en une seule œuvre ?
Arnold Böcklin, L’Île des morts, 1880.
Huile sur toile, 111 x 155 cm.
Öffentliche Kunstammlung Basel, Kunstmuseum, Bâle.
Pour mieux cerner les relations entre impressionnisme, naturalisme, symbolisme et abstraction (que de -isme !), vous pouvez visiter l’exposition de laNational Gallery of Scotland, et consulter cette monographie de Van Gogh, ainsi que cet ouvrage sur le Symbolisme de Nathalia Brodskaya.
Serov n’est pas mon peintre russe favori. J’ai plus de tendresse pour Avazovski qui me value une querelle avec le conservateur du musée russe. Nous nous sommes réconciliés avec force vodka. Comme quoi un russe n’est jamais un mauvais homme si l’alcool le prend dans les liens de l’amitié.
Ce tableau de Serov, Enfants (Sasha et Youra Serov), qui représente deux jeunes enfants regardant la mer, préfigure une célèbre photo où le tsarévitch scrute l’horizon de la mer Baltique. Les visages innocents pouvaient-ils prévoir le flot de haine et de mort qui allait s’abattre sur la sainte Russie quelques années plus tard ?
J’ai une tendresse toute particulière pour le tableau d’Anna Pavlova, jolie femme qui danse sur la pointe des pieds, dans un bleu lourd. Je ne puis m’empêcher de penser à trois jeunes femmes qui dansèrent et chantèrent, voici seulement quelques mois, dans une église de Moscou. Depuis les barreaux de leur prison, les regards pleins de solitude mais aussi de fragilité, nous interrogent sur la dureté de ce monde russe.
La Russie est un pays de violence que la peinture a souvent représenté avec férocité. Sourikov, Répine. Civilisation de contradiction, entre cruauté et douceur, entre amour et violence, la Russie n’est-elle pas masochiste ? Elire Poutine et défiler pour les Pussy Riots. Aimer Pouchkine et avoir idolâtré Lénine. C’est la Russie.
Serov nous fait partager la force claire, lumineuse de ce pays, à l’image de Sasha et Youra Serov, deux enfants au début du xxe siècle.
Si vous voulez en savoir plus sur Serov, consultez cette monographie sur Serov de Dmitri V. Sarabianov.
L’ange est une figure récurrente dans l’art, surtout pendant la Renaissance. D’abord cantonné aux peintures et autres représentations bibliques, ses attributs se sont diversifiés au fil des siècles.
On pense généralement à une figure humaine, ni homme, ni femme, aux cheveux blonds, portant une tunique et une couronne de fleurs. Au début du Moyen Âge, ils ont des ailes, et deviennent surtout des chérubins et autres séraphins à la Renaissance.
Toujours bienveillants, messagers de Dieu ou participant au décor d’une scène religieuse, l’ange accompagne notre imaginaire. C’est un personnage familier mais qui demeure mystérieux.
L’exposition du musée d’Israël est l’occasion de compléter vos connaissances en matière d’anges. Vous pouvez aussi tout simplement consulter le livre Anges.
Le Whitney Museum a créé une exposition autour du thème du patriotisme. Le travail de nombreux artistes américains, comme Hopper ou Charles Ray, est présenté afin d’étudier l’expression du sentiment de fierté de la nation. Comment l’art provoque-t-il une émotion qui provoque chez le spectateur le sentiment d’appartenir à une nation ?
En cette période de jeux olympiques, le thème est plutôt bien trouvé, surtout dans un pays construit autour du patriotisme. Les visiteurs ne manqueront pas.
Les toiles de Jasper Johns sur le drapeau et le continent américain paraissent être les meilleurs témoignages possibles de ce sentiment. Quel meilleur symbole que le drapeau de son pays ? Cependant le choix de ce thème n’était pas aussi simpliste pour Johns. Cela peut aussi être une référence à son service militaire, ou une réaction contre l’art de l’époque (les expressionnistes abstraits comme Rothko) qui préférait des toiles lisses, sans représentations d’objets.
En complément de cette exposition et afin de découvrir l’œuvre de Johns, vous pouvez parcourir les pages de Jasper Johns.
La National Gallery de Londres présente en ce moment une exposition reliant la série des Métamorphoses de Titien, peintes pour Philippe II d’Espagne, à l’art contemporain anglais.
En cette période de jeux olympiques en Angleterre, le but est bien sûr de glorifier la création culturelle anglaise. Des peintres contemporains, danseurs et poètes anglais ont la chance d’être présents dans la National Gallery.
Mais pourquoi Titien ? Quel est le lien entre son travail, en Italie, au xvie siècle, et la création actuelle anglo-saxonne ?
Je dirais spontanément : aucun. Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de leur démarche et avoir choisi un artiste anglais comme Hogarth ou Turner ?
Le thème des Métamorphoses n’a pas non plus de rapport évident avec les jeux olympiques, choisir les Douze Travaux d’Hercule aurait été plus judicieux.
Toujours est-il que cette exposition est l’occasion d’admirer trois grandes toiles d’un des maîtres les plus importants de la Renaissance italienne, réunies pour la première fois dans le même musée. Afin d’en savoir davantage sur Titien et de pouvoir pleinement apprécier son travail, vous pouvez consulter Titien, un livre complet sur cet artiste.
La mode est-elle forcément synonyme d’extravagance ?
En général pas dans la vie de tous les jours.
Jean-Paul Gaultier est une exception dans le cercle des créateurs de mode, qui a le premier voulu intégrer à ses créations les caractéristiques du monde qui l’entoure. Ce qui le différencie ? La provocation.
Depuis le début de sa carrière dans les années 70, on le connaît pour ses créations hors-normes, souvent multi-ethniques (il a fait sensation avec une collection intitulée « Barbès ») et toujours transgenres.
Ses silhouettes androgynes sont facilement reconnaissables, parées de matières brillantes et métalliques. Madonna en est le symbole parfait.
L’exposition du musée De Young de San Francisco retrace la carrière du couturier, mettant en évidence ses talents artistiques qui mélangent couture, photographie et musique.
Pour vous familiariser avec l’histoire d’un accessoire de mode cher à Gaultier et faisant toujours sensation lors de ses défilés, vous pouvez consulter le livre L’Art de la chaussure.
Entre 1883 et 1884, l’éruption du volcan indonésien Krakatoa est perçue jusqu’en Europe et enflamme le ciel norvégien. Dix ans plus tard, Edvard Munch s’inspire de ces couleurs flamboyantes pour peindre Le Cri. Un personnage fantomatique se tient le visage et semble hurler, debout au sein d’un paysage dénudé, enflammé à l’horizon par un ardent soleil couchant.
Plusieurs versions de cette peinture sont conservées.
En général, les critiques classent Munch dans la catégorie des peintres touchés par les épreuves de la vie, ce qui doit se refléter dans ses toiles.
L’exposition de la Tate Modern tente d’atténuer ce jugement en montrant comment il a aussi été inspiré par de simples événements du quotidien de la vie des Norvégiens au début du xxe siècle.
Le spectateur a souvent l’impression que les personnages de Munch marchent vers lui ; ce sont des acteurs en plein action. Munch peut être considéré comme l’un des précurseurs des plans du cinéma, sans doute influencé, à son époque, par son goût pour la photographie.
Si son histoire vous intrigue, vous pouvez consulter Munch, en version imprimée et ebook.
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